Du climato-scepticisme

| Cet article a été publié dans Effet de Levier

Un sondage de l’Institut Gallup titrait dernièrement : « Réchauffement climatique : un américain sur deux n’est pas convaincu »…

Les chiffres utilisés ensuite sont tout aussi effrayants : 35 % des sondés sont persuadés que les effets du réchauffement climatique ne vont jamais se produire ou ne se produiront pas au cours de leur vie. Aïe…

Nos amis d’Outre-Atlantique ne sont pas les seuls à connaître des moments de fébrilité et de doute. La vague climato-sceptique a de nouveau recouvert nos côtes gauloises avec le power-point de M. R. Giraudon qui a inondé la toile en dénonçant les excès de zèle du GIEC. La conclusion générale du document est que le réchauffement climatique est tout à fait normal, qu’il entre dans un cycle planétaire qui existe depuis des milliers d’années et qu’il suffit de s’adapter, cela ne fait que passer. Il montre aussi que la part humaine dans le réchauffement correspond à une cuillère à café dans une cuve de 1000L…autant dire une goutte d’eau dans l’océan. Il utilise des termes scientifiques et de nombreux schémas et graphiques pour illustrer ses propos, il se pose en spécialiste (géologue et docteur ès sciences), et la nature humaine ayant une préférence certaine pour les positions anticonformistes et toute forme de déresponsabilisation, son document a bénéficié d’une pub et d’un relais de mails à mails qui l’a rapidement propulsé en tête des références climato-sceptiques.

Heureusement, les (vrais) scientifiques veillent au grain et nous pouvons rassurer ceux d’entre vous qui nous ont posé la question : une réponse à M. Giraudon existe, disponible sur ce lien, réponse à Giraudon.

Pour ceux qui préfèrent les résumés, voici la substantifique moelle du travail de réponse rédigé par F.M. Bréon et V. Masson-Delmotte. Il est exact que la Terre suit un cycle de température qui n’est pas constant dans le temps cependant le réchauffement est particulièrement marqué depuis les trente dernières années. Cette inflexion récente s’explique par des facteurs humains et est en rupture complète avec le fonctionnement « naturel » du système au cours du dernier million d’années. D’autre part, la « goutte d’eau dans l’océan » est fortement exagérée : le calcul de la contribution à l’effet de serre de la vapeur d’eau qu’utilise Giraudon n’a pas la moindre valeur scientifique. Ensuite, de nombreux schémas sur lesquels s’appuie Giraudon sont dépassés, erronés ou illisibles et il compare des données qui ne sont pas sur les même échelles de temps ou bien n’utilisent pas les même ordres de grandeur (!). Enfin les approximations abondent tellement qu’on finit par se demander si Giraudon est réellement un scientifique existant (Une recherche bibliographique donne deux articles publiés en 1963 et 1964…). Soit dit en passant, écrire CO² au lieu de CO2 est déjà tout juste passable pour un journaliste alors pour un scientifique, c’est simplement aberrant.

Dans la même veine, on peut tout aussi bien s’étonner que le chef de file climato-sceptique, M. Claude Allègre, prenne tant de place dans le débat scientifique. En effet, « un fait scientifique est considéré comme acquis quand il a fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique à comité de lecture et qu’il n’a pas fait l’objet d’une contestation argumentée par d’autres spécialistes du domaine par le même canal. Notons qu’Allègre n’a jamais rien publié dans une revue scientifique à comité de lecture qui viendrait à l’appui de ce qu’il déclare et publie dans la presse. Une théorie scientifique est considérée comme valide – et c’est même la seule manière de définir une théorie valide – lorsque qu’elle fait l’unanimité parmi les scientifiques spécialistes du domaine ». (www.manicore.com) La thèse du GIEC, dont le rapport de 800 pages sur le sujet a été épluché sous toutes les coutures par tous les scientifiques du monde s’intéressant à la question, fait bien entendu partie de cette dernière catégorie.

Le chiffre de départ qui m’a fait réagir est tout de même contrebalancé par celui publié par Accenture il y a quelques mois : 82% des entreprises françaises considèrent que le développement durable constitue un facteur de différenciation.
Mieux encore : 85% pense que leurs clients et leurs investisseurs sont demandeurs de nouveaux produits ou services respectueux des principes de développement durable.

Messieurs les climato-sceptiques, tenez-vous bien : vous avez la partie facile mais les scientifiques veillent !

(Quant aux autres, n’hésitez pas à naviguer sur notre site et à nous rencontrer : notre métier est de vous guider vers les nouveaux produits et services qu’attendent vos clients et investisseurs…)

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