Étude de l’Ademe sur la perception du DD dans les entreprises

| Cet article a été publié dans Effet de Levier

Il ressort de cette étude comparative cinq résultats principaux.

- Le développement durable renvoie, dans l’entreprise, à une conception relative et contingente de leur responsabilité. Dans cette perspective, la responsabilité de l’entreprise n’est pas restreinte au domaine économique et ne s’exerce pas seulement vis-à-vis des seuls actionnaires ; elle s’étend aux domaines (environnement, social, sociétal) dans lesquels les activités de l’entreprise ont des effets réels ou potentiels et s’exerce vis-à-vis des parties intéressées (stakeholders) identifiées comme pertinentes par l’entreprise. Cette conception se décline en une approche sélective et hiérarchisée des enjeux du développement durable, variable en fonction des stakeholders et des activités des entreprises. Cette conception du développement durable est plus proche de l’approche anglo-saxonne de la Corporate Social Responsability (CSR) que de la définition universelle du développement durable – popularisée par le rapport Brundtlandt – qui renvoie à des questions d’équité intra et intergénérationnelle.

- Dans cette perspective, le développement durable apparaît comme un ensemble, plus ou moins bien articulé, de démarches et de discours visant à instaurer ou à restaurer la confiance des stakeholders (actionnaires, salariés, riverains, pouvoirs publics, consommateurs, syndicats, etc.) envers l’entreprise. Il s’agit pour les entreprises de donner à ces stakeholders des gages d’ouverture, de transparence et de volontarisme. Cette gestion des stakeholders se concrétise par des démarches managériales et des partenariats qui commencent à voir le jour. Il s’agit également de mettre en exergue les expériences pionnières qui vont au-delà de la réglementation et qui les distinguent de leurs concurrents. Ces expériences pionnières ne sont pas réductibles à une analyse coût/avantage. Autrement dit, il est impossible d’évaluer ex-ante quel sera le retour sur investissement des actions menées ; les retombées étant souvent indirectes et sur le long terme. Par rapport à ces expériences de nature exploratoire, les engagements pris par les entreprises sont mesurés et progressifs ; celles-ci étant très sensibles à ne pas prêter le flanc à la critique.

- Les démarches de développement durable dans les entreprises étudiées bénéficient du soutien et de l’implication des dirigeants. Ce soutien permet de renforcer la légitimité et les marges de manœuvre des nouvelles fonctions dédiées dont le rôle n’est pas hiérarchique mais consiste à susciter, inciter, animer et coordonner des démarches transversales.

- On observe à travers ces démarches de développement durable une reconfiguration du découpage de champs traditionnels comme le social ou l’environnement. Le social est un domaine d’action traditionnellement très cadré par le code du travail et les accords conventionnels conclus avec les syndicats. L’environnement est traditionnellement envisagé dans l’entreprise d’un point de vue technique (les technologies propres) ou de l’assurance qualité (les systèmes de management environnementaux). Dans les deux cas, l’une des évolutions fortes est l’apparition de nouveaux stakeholders (riverains, ONG, syndicats européens et internationaux,..) qui contribuent à une diversification des modes d’action et de communication mobilisées par l’entreprise.

- Plus généralement, le développement durable émerge comme un nouveau champ d’expansion de la stratégie des entreprises. Il ressort de l’étude menée que la structuration de ce champ sert deux desseins stratégiques : la construction d’une image de groupe, distincte de celle des marques et des sociétés ; la constitution d’une identité de groupe, destinée, dans ces groupes internationalisés, à mobiliser des salariés venant d’origines et de cultures diverses. Mais ce champ apparaît également comme un espace de liberté pour des managers et des entreprises pris aujourd’hui entre deux feux – les critiques de la société civile et les règles du gouvernement d’entreprise – et en quête d’une nouvelle légitimité.

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